Claudio Coltorti — Your Perception Doesn't Make It Easier

Marais, Paris

Claudio Coltorti

Your Perception Doesn't Make It Easier

Hussenot

10 April – 18 May 2025

[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] The blue hour is the only time of day named after a color. It's the moment when one hemisphere shifts from twilight to darkness, and diurnal birds stop singing to make way for those that inhabit the night. During this change of scene that characterizes the blue hour, the world holds its breath and plunges momentarily into silence. Synonymous with the suspension of worlds, it's hardly surprising that this color appears in solid swathes in Claudio Coltorti's latest series. Made from Prussian blue pigments mixed with black, the velvety patches soften his most contrasting compositions. At the heart of movement, they serve as markers, allowing the eye to slow down and better grasp the figures grappling with the canvas. Gathered at Galerie Hussenot for the artist's second solo show, the new works stand in stark contrast to those presented in 2022, when his paintings radiated warmth and the black mirror of the telephone, and its artificial light were placed at the center of intimate scenes formed by the still figures. Today, as if swallowed in by this light and the universes it contains, the paintings are set in motion, accelerating. They become radical and fragmented (‘All that follows is true’, 2025). They raise the question of the strength and of the fractions of images that flash before us day after day, and of feeling unable to paint after being so assailed. Figures that used to stand side by side are now intertwined in complex compositions. Turning into a more abstract form, Coltorti's figures are treated as both a geometric element and a human presence. Scales blend, and the roundness of a face or hand evolve into a landscape- like shapes (‘Rêve éveillé’ and ‘Figura/paesaggio’, 2025). By re-abstracting his compositions, Claudio Coltorti blurs the lines and confronts us with the loss of substance and meaning we sometime feel in the face of our contemporary society's restless flow of images. While he constantly travels from one world to another, from the frame of his screen to that of his window and canvas, he carries with him only perceptions of color and movement. Stripped of their original violence, the images suddenly appear strikingly soft. Softness is the key to Coltorti's work, which always oscillates between despair and rebirth, the will to fight and the need to retreat. It infuses every inch of his work: the texture of the wiped linen of the canvas gives the impression of a scene perceived from the hushed intimacy of the home, the confrontations in which we only perceive the arms of its protagonists seem to be sensual embraces, and the beam of the telephone radiates like a beacon in the night. These canvases, conceived on a human scale, are accompanied by smaller works, dusty, melancholy landscapes (‘Val di Susa dal treno’, 2025) that seem intended to propose an alternative temporality - that of our real world, allowing us to apprehend the exhibition with the perspective necessary to re-act to it. Claudio Coltorti paints from memory. Some are his own, others are collected from his telephone feed. He stages them as fragmentary re-compositions, reinterpreted as he paints. He suggests and lets himself be surprised by what happens through the act of painting. Once the work is finished, the accident makes the artwork, and what the artist thought was a tree becomes a body; a car, a landscape; a profile, an architecture. In this way, he operates the same mechanism that we use to remember our dreams when we wake up: simple abstract impressions during the night, it is the minute we switch over to wakefulness that pushes us to make sense of these images and compose a semblance of narrative thread. Since the silent suspense of the blue hour is now inhabited by the outrageousness of our twilight scrolling, Claudio chooses to replay the compositions specific to dawn, allowing us to dream along with him. The reality of the day takes over again (‘La réalité vue par deux pigeons’, 2025), rearming us. If the blue hour warns of the death of light1 and hangs over the exhibition as well as some of his works (‘I feel as if I might be vanishing’, 2025), Claudio Coltorti seems to have found its remedy: by constantly experimenting with the metamorphosis of colors and forms, he makes it possible to reinvent our collective stories. Suddenly, the idea of crossing over to the other side appears safe and infinitely sweet. —Justine Daquin ***** L’heure bleue est le seul moment de la journée qui porte le nom d’une couleur. C’est celui pendant lequel un hémisphère bascule du crépuscule à l’obscurité et où les oiseaux diurnes cessent de chanter afin de laisser place à ceux qui peuplent la nuit. Lors de ce changement de scène qui caractérise l’heure bleue, le monde retient son souffle et plonge brièvement dans le silence. Synonyme de suspension des mondes, il n’est pas étonnant que cette couleur apparaisse par aplat dans les dernières séries de Claudio Coltorti. Fabriquées à partir de pigments bleus de Prusse mêlés à du noir, les tâches veloutées adoucissent ses compositions les plus contrastées. Au cœur du mouvement, elles servent de repères et permettent à l’œil de ralentir, de mieux saisir les figures aux prises avec la toile. Rassemblées à la galerie Hussenot pour la seconde exposition personnelle de l’artiste, les nouvelles œuvres tranchent avec celles présentées en 2022, là où ses peintures irradiaient de chaleur, de personnages immobiles, et où le miroir noir du téléphone et sa lumière artificielle étaient placés au centre des scènes intimistes. Aujourd’hui, comme aspirées par cette lumière et les univers qu’elle contient, les peintures sont mises en mouvement, en accélération. Elles se radicalisent et se fragmentent (‘All that follows is true’, 2025). Elles posent la question de la force et du fractionnement des images qui défilent devant nous chaque jour, et celle du sentiment d’incapacité à peindre après avoir été ainsi assaillis. Les figures auparavant côte à côte s’entremêlent désormais dans des compositions complexes. Plus abstraites, celles-ci sont traitées chez Coltorti à la fois comme élément géométrique et présence humaine. Les échelles se mélangent, et l’arrondi d’un visage ou d’une main peut alors devenir paysage (‘Rêve éveillé’ et ‘Figura/paesaggio’, 2025). Grâce à ce procédé de ré-abstraction de ses compositions, Claudio Coltorti brouille les pistes et nous met face à la perte de sens et de substance ressentie devant les flux incessants d’images de nos sociétés contemporaines. S’il passe sans cesse d’un monde à l’autre, du cadre de son écran à celui de sa fenêtre et de sa toile, il ne transporte avec lui que des perceptions de couleur et de mouvements. Dépouillées de leur violence originelle, les images frappent soudain par leur douceur. Cette douceur est la clé du travail de Coltorti, qui oscille toujours entre désespoir et renaissance, volonté de se battre et besoin de se retirer. Elle infuse chaque millimètre de ses œuvres : la texture du lin essuyé de la toile donne l’impression d’une scène perçue depuis l’intimité étouffée de la maison, les affrontements de manifestations dont on ne perçoit que les bras de ses protagonistes semblent être des embrassades, et le faisceau du téléphone irradie comme un phare dans la nuit. Ces toiles pensées à échelle humaine sont accompagnées de petites œuvres, paysages poussiéreux et mélancoliques (‘Val di Susa dal treno’, 2025) qui semblent destinés à proposer une temporalité alternative -celle de notre monde réel, nous permettant d’appréhender l’exposition avec la perspective nécessaire pour y réagir activement. Claudio Coltorti peint d’après souvenirs. Certains lui sont propres, d’autres sont collectés en pagaille sur son feed de téléphone. Il les met en scène des re-compositions fragmentaires, réinterprétées au moment de peindre. Il propose et se laisse surprendre par ce qui advient par la peinture. Une fois l’œuvre achevée, l’accident fait la toile et ce que l’artiste pensait être un arbre devient un corps ; une voiture, un paysage ; un profil, une architecture. Il opère ainsi la même mécanique que celle que l’on met en place au réveil pour se souvenir de nos rêves : simples impressions abstraites pendant la nuit, c’est la minute de bascule vers l’éveil qui nous pousse à faire sens de ces images et de composer un semblant de narration. Puisque le suspens silencieux de l’heure bleue est désormais habité par l’outrance de nos scrolling crépusculaires, Claudio choisit de rejouer les compositions propres à l’aube et nous permet de rêver avec lui. La réalité du jour reprend le dessus (‘La réalité vue par deux pigeons’, 2025) et nous réarme. Si l’heure bleue est l’avertissement de la mort de la lumière1 et plane sur l’exposition et certaines de ses œuvres, (‘I feel as if I might be vanishing’, 2025), Claudio Coltorti semble pourtant lui avoir trouvé un remède : en expérimentant sans cesse la métamorphose de ses couleurs et de ses formes, il rend possible la réécriture de nos histoires. Soudain, l’idée de basculer de l’autre côté nous semble d’une douceur infinie. —Justine Daquin 1 - Joan Didion, Blue Nights, 2011

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