
Marais, Paris
Daniel Crews-Chubb
Pareidolia
Massimo De Carlo Pièce UniqueMassimo De Carlo Pièce Unique a le plaisir de présenter Pareidolia , une exposition de nouvelles peintures de l'artiste londonien Daniel Crews- Chubb. L'exposition emprunte son titre à une expérience que tous partagent sans pouvoir la nommer : cette impression furtive qu'une tache d'humidité constitue un visage, qu'une formation rocheuse recèle une silhouette, que quelque chose d'inerte nous regarde en retour. La paréidolie, c'est le cerveau qui fait ce pour quoi il a été conçu - imposer du sens au bruit, un motif au chaos. Face à ces œuvres, la reconnaissance précède l'intention. Une mâchoire affleure à travers des strates d'encre versée et d'huile étalée ; une orbite tient sa place une seconde avant que les traits de fusain qui l'entourent ne se désagrègent en tout autre chose. Ce n'est pas là une ambiguïté érigée en choix stylistique, mais une condition structurelle. « Les peintures sont illusionnistes », affirme Crews-Chubb, « elles marchent sur un fil entre abstraction et figuration. » Crews-Chubb a rarement recours aux pinceaux. Il applique la peinture à mains nues, pressée et modelée directement sur la surface. Du sable est incrusté dans la toile. Des fragments d'autres œuvres de l'atelier sont collés, arrachés, retravaillés. Les lignes de fusain qui finissent par tracer les contours d'un visage sont dessinées en dernier, ou presque, après des semaines de décisions accumulées - conférant à chaque tableau ce qu'il appelle sa « patine », le témoignage de tout ce qu'il a fallu pour parvenir à l'image. Pour cette exposition, conçue en étroit dialogue avec l'intimité particulière de l’espace Pièce Unique, Crews-Chubb présente trois œuvres. Immortal XXXVIII et Immortal XXXIX (2026) sont deux peintures de grand format issues d'une série en cours, ne trouvant leur source non pas dans des statues ou des sources précises, mais plutôt d'une mémoire culturelle - l'impression sédimentée de figures grecques, romaines et précolombiennes croisées dans les musées et au fil de voyages, monumentales mais usées, imposantes mais en voie d'érosion. Mask XXIV (2026), plus petit et plus frontal, pousse l’interrogation plus loin encore : quel minimum de traits un visage doit-il révéler pour être reconnu ? L'intérêt de Crews-Chubb pour le cubisme - la Femme à la mandoline de Braque, le Portrait de Daniel-Henry Kahnweiler de Picasso - est ici perceptible, dans la manière dont de multiples points de vue se fondent en une seule surface instable, l'image disparaissant presque dans sa propre réalisation. Le sentiment que ces peintures nous habitent, naît du trouble d'y être directement impliqué. La paréidolie est généralement décrite comme une anomalie cognitive, un dérèglement de la reconnaissance des formes - mais Crews-Chubb la traite comme quelque chose de plus proche d'une condition définitoire de la conscience, la preuve que l'esprit ne peut rencontrer le monde de manière neutre. Regarder ces peintures, c'est observer ce processus se produire en temps réel : la figure s'assemble à partir d'encre, de sable et de fusain, et de la pression accumulée d'une main, et le cerveau tend vers elle involontairement, irrésistiblement, comme il s'est toujours tendu vers les visages.
