Marais, Paris
Dora Jeridi
Concrete Fear
Mor Charpentier[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] "A Klee painting named ‘Angelus Novus’ shows an angel looking as though he is about to move away from something he is fixedly contemplating. His eyes are staring, his mouth is open, his wings are spread. This is how one pictures the angel of history. His face is turned toward the past. Where we perceive a chain of events, he sees one single catastrophe which keeps piling wreckage and hurls it in front of his feet." —Walter Benjamin Dora Jeridi's painting is first and foremost the fruit of an expressive impulse from which springs a flow of dreamlike, enigmatic images. The way she takes hold of them, blending seemingly incongruous iconographic references, reveals a desire to turn an outburst of tumultuous sensations into a source of amusement. Her paintings are often constructed like a collage, overlapping/confronting layers of meaning, invoking a universe of heterogeneous signs interwoven with references to an expressionist and temperamental pictorial tradition, as well as to pop culture and the continuous flow of images from the contemporary world. A sense of permanent threat hovers over the works that make up Concrete Fear, resonating with the perpetual uncertainty that is the foundation of our condition. Through their strength, complexity and ambiguity, we recognize the impressions of a lived but unspeakable past. In this sense, we are reminded of Benjamin's reflection in his ninth Thesis on the Philosophy of History, and the image of the angel with his back to the future, interpreting reality through the past. This angel is ourselves, unable to anticipate the future and condemned to contemplate the vestiges of our history. But it would be a mistake to settle for a one-way interpretation of Dora Jeridi's work. If there's anything coherent in it, it's the multiplicity of meanings and the indeterminacy, even contradiction. We find the atmosphere of crisis characteristic of her work, as well as its energetic, explosive pulse. We are faced with a vibrant chaos, witnessing a state of simultaneous impotence and power. In the artist's own words: there is no life without danger, and no danger without life. Dora Jeridi was born in 1988 in Paris, where she currently lives and works. Dora Jeridi graduated from the Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris in 2022. She has exhibited at the Hotel des Arts in Toulon and at the French Institute in Madrid. In 2022 she was awarded the Khalil de Chazournes prize by the Friends of the Beaux-Arts of Paris and was also the winner of the 9th edition of the Emerige Revelations Grant. Her work is characterized by the development of a fiery, energetic and expressive practice. It demonstrates a strong desire towards the material and a passionate, sometimes voracious, relationship with painting. Her approach reveals a refusal of the order of discourse, painting appearing as the most tangible expression of an excessive reality which overflows the textual and which allows to show what one cannot say. Although it appears figurative in certain aspects, the images represented are most o!en disfigured, fragmented, exploded or rendered incomprehensible. The overflow goes up to a rupture of the motive. The painting expresses itself in all its plasticity: at the same time ma"er of synthesis and explosive material. In accordance with a logic of sensation, the pale"e used is expressive with vibrant colors in order to produce " nodes of intensity ". The color, in full force, is as much threatening as vital. It is thus a question of showing an unspoken, silent world, although eager for expression. ***** "Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds." —Walter Benjamin La peinture de Dora Jeridi est avant tout le fruit d'un élan expressif dont jaillit un flux d'images oniriques et énigmatiques. Sa façon de s'en emparer, d'imbriquer des références iconographiques a priori incongrues, révèle une volonté de faire d’un déferlement de sensations tumultueuses une source d’amusement. Ses peintures sont souvent construites comme un collage, superposant/confrontant des couches de sens, faisant appel à un univers de signes hétérogènes entremêlés de références à une tradition picturale expressionniste et temperaméntale, ainsi qu'à la culture pop et au flux continu d'images du monde contemporain. Sur les œuvres qui composent Concrete Fear plane un sentiment de menace permanente, en résonance avec l’incertitude perpétuelle qui fonde notre condition. À travers leur force, leur complexité et leur ambiguïté, nous reconnaissons les impressions d'un passé vécu mais indicible. En ce sens, la réflexion de Benjamin dans sa neuvième thèse sur la philosophie de l'histoire nous revient à l'esprit, et cette image de l'ange projeté dos au futur, interprétant la réalité à travers le passé. Cet ange, c'est nous, incapables d'anticiper l'avenir et condamnés à contempler les vestiges de notre histoire. Mais ce serait une erreur de se contenter d'une interprétation univoque de l'oeuvre de Dora Jeridi. S'il y a quelque chose de cohérent dans ceci, c'est bien la multiplicité des significations et l'indétermination, voire la contradiction. Nous retrouvons cette atmosphère de crise propre à son travail, ainsi que cette pulsation énergique et explosive. Nous sommes face à un chaos générateur de vitalité, témoins d'un état d'impuissance et de puissance superposés. Pour reprendre les mots de l'artiste: il n'y a pas de vie sans danger et pas de danger sans vie. Dora Jeridi est né en 1988 à Paris, où elle vit et travaille actuellement. Dora Jeridi est diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris depuis 2022. Elle a notamment exposé à l’Hôtel des Arts de Toulon ainsi qu’à l’Institut Français de Madrid. En 2022 elle obtient le prix Khalil de Chazournes décerné par les Amis des Beaux-Arts de Paris et est également lauréate la même année de la 9ème édition de la Bourse Révélations Emerige. Son travail se caractérise par le développement d’une pratique ardente, énergique et expressive. Il témoigne d’un désir fort vis-à-vis de la matière et d’un rapport gourmand, parfois vorace, à la peinture. Sa démarche révèle un refus de l’ordre du discours, la peinture apparaissant comme l’expression plus tangible d’une réalité en excès qui déborde le textuel et qui permet de montrer ce qu’on ne peut pas dire. Elle se montre ainsi figurative par certains aspects, mais les images représentées sont le plus souvent défigurées, fragmentées, éclatées ou rendues incompréhensibles. Le débord va jusqu’à une rupture du motif. La peinture s’exprime dans toute sa plasticité: à la fois matière de synthèse et matière explosive. Conformément à une logique de la sensation, la palette utilisée est expressive aux couleurs vibrantes afin de produire des "noyaux d’intensité". La couleur, dans sa force, est autant menaçante que vitale. Il s’agit ainsi de montrer un monde non-dit, silencieux, quoique avide d’expression.
