Marais, Paris
Robert Polidori
Présences
Karsten Greve[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] Galerie Karsten Greve is pleased to unveil Présences, a solo exhibition by Canadian photographer Robert Polidori. The exhibition is centered around a selection of photographs taken in Versailles, Pripyat, Beirut, and New Orleans. An artist of time, Robert Polidori brings architecture and memory into resonance, leading the observer through the labyrinths of History. His imposing photographs are taken using a large-format camera, with long exposure time and carefully studied perspective. They capture the shimmering of fabrics, the patina of walls and the depth of colour with remarkable clarity. The photographs envelop the viewer, who is drawn into striking details, as if caught in an open window onto a bygone era. Starting in the early 1980s and over the course of more than thirty years, Robert Polidori documented the extensive restoration work at Versailles. Blending reportage with contemplation, his photographs bear witness to the restoration process, highlighting architectural details, materials, and colors while offering an intimate vision of the château. The artist does not merely capture the grandeur of the site; he also explores its aging process, balancing historical splendor with the reality of conservation. In 2001, Polidori ventured to Pripyat, Ukraine. Built in the 1970s to house workers from the Chernobyl nuclear power station, Pripyat became a ghost town after the April 1986 disaster. Polidori’s photographs depict absence and emptiness, revealing lives brutally interrupted—like a classroom where a few rusted chairs remain. The sharp detail, the contrast between the soft light and the devastation of the scene, creates an eerie, almost unreal atmosphere. Continuing his exploration of abandonment, in 2005, he documented the aftermath of Hurricane Katrina in New Orleans. Arriving impulsively right after the disaster, Polidori bore witness to a scene of utter desolation, capturing it in poignant images. Every interior seems to echo with the presence of its former inhabitants: a row of utensils hovers over a shattered kitchen, an impassive crucifix watches over the chaos of a destroyed bedroom. This architectural poetry is further illustrated in his photographs from the 2010s, when he captured Beirut’s Hotel Petra. Once a grand palace, it was devastated during the Lebanese Civil War (1975–1990). Promised restoration never came, and the symbol of pre-war Beirut fell into oblivion. Polidori was astonished to discover a rare example of “intact decomposition.” Struck by the beauty of the worn walls, which evoked contemporary paintings, he created a series of images that elevate the melancholic grandeur of abandoned places. Through Polidori’s lens, ruins become timeless works of art, where splendor emerges from decay. His masterful use of light and textures reveals unexpected beauty, and here and there a decrepit wall becomes as majestic as a royal tapestry. Robert Polidori explains that his discovery of The Art of Memory by Frances Yates profoundly influenced his thinking. The book traces the history of mnemonic methods from ancient Greece to the early 17th century. Polidori confides that he always thought that the main function of the camera was to serve history, as a tool. But in The Art of Memory, he discovered the principle of the method of loci, or method of places. This technique, which dates back to Antiquity and was popularised by Greek and Roman orators, is based on the association of information to be remembered with well-known places. By linking the data to a spatial structure, it is easier for the human brain to retrieve. This idea that recall is deeply tied to places resonates throughout Polidori’s work. Focused on spaces and their ability to tell stories even in the absence of people, his interiors, bridging past and present, seem like frozen temples of human memory. Born in Montreal in 1951, Robert Polidori is a Canadian photographer based in California, known for his large scale images of urban environments and empty interiors, exploring their relationship with time, reminiscence and decay. He views the spaces he photographs as “theaters of memory,” where presence has vanished, leaving only structures that could disappear forever at any moment. In the 1970s, he moved to New York, working at Anthology Film Archives under Jonas Mekas. He graduated from the State University of New York in 1980. In 1998, he won the World Press Award for his reportage on the construction of the Getty Museum, followed by the Alfred Eisenstaedt Award in 1999 and 2000 for his work published in The New Yorker. In 2007 and 2008, he received the Communication Arts Award. More recently, in 2022, he was awarded the Guggenheim Fellowship for photography. His works are included in numerous prestigious collections, including those of the Los Angeles County Museum of Art (Los Angeles), the Metropolitan Museum of Art and the Museum of Modern Art (New York), the Victoria and Albert Museum (London), and the Bibliothèque nationale de France (Paris). ***** La Galerie Karsten Greve est heureuse de dévoiler Présences, une exposition personnelle du photographe canadien Robert Polidori. Elle s’articule autour d’une sélection de photographies prises à Versailles, Pripyat, Beyrouth et la Nouvelle-Orléans. Artiste du temps, Robert Polidori fait résonner architecture et mémoire, entraînant l’observateur dans les dédales de l’Histoire. Ses clichés aux larges dimensions sont réalisés à la chambre grand format, avec un temps d’exposition long et un point de vue étudié. Ils capturent avec une netteté remarquable la diaprure des tissus, la patine des murs et la profondeur des couleurs. Les photographies enveloppent le spectateur, qui plonge dans des détails saisissants, comme happé par une fenêtre ouverte sur un temps révolu. Robert Polidori documente dès le début des années 1980, sur plus de trente ans, les longs travaux de rénovation de Versailles. Entre reportage et contemplation, les photographies témoignent du processus de restauration en soulignant détails architecturaux, matières et couleurs, tout en offrant une vision intime du château. L’artiste ne se contente pas de capturer la splendeur des lieux, il explore également leur vieillissement, entre grandeur historique et réalité de conservation. En 2001, Polidori s’aventure à Pripyat, Ukraine. Construite dans les années 70 pour accueillir les travailleurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl, Pripyat devient une ville fantôme après la catastrophe d’avril 1986. Les clichés réalisés par Polidori racontent par l’absence et le vide le cours d’existences brutalement interrompues, comme cette salle de classe où subsistent quelques chaises rouillées. La netteté des détails, le contraste entre la douceur de la lumière et la dévastation de la scène créent une atmosphère étrange, irréelle. L’artiste poursuit son exploration de cette esthétique de l’abandon en réalisant en 2005 une série sur le passage de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans. Arrivé sur un coup de tête immédiatement après le désastre, Polidori est aux premières loges d’un spectacle de désolation dont il livre un témoignage poignant. Chaque intérieur paraît bruire encore de la présence de ses anciens habitants : une rangée d’ustensiles survole une cuisine déchiquetée, un crucifix impassible, au milieu du chaos d’une chambre, semble veiller. Cette poésie architecturale s’illustre encore dans ses tirages des années 2010, lorsqu’il photographie l’Hôtel Petra à Beyrouth. Ce palace autrefois grandiose est détruit durant la guerre civile libanaise entre 1975 et 1990. Promis à une restauration qui ne viendra jamais, ce symbole de l’avant-guerre tombe dans l’oubli. Polidori découvre avec stupéfaction un rare exemple de « décomposition intacte ». Saisi par la beauté des murs dont l’usure lui évoque des tableaux contemporains, il réalise plusieurs clichés sublimant la mélancolie des lieux abandonnés. À travers l’objectif de Polidori, les ruines deviennent des oeuvres d’art intemporelles, où la splendeur surgit du déclin. Son travail magistral de la lumière et des textures révèle des beautés insoupçonnées, et ça et là, un pan de mur décrépi devient aussi majestueux qu’une tenture royale. Robert Polidori explique que sa découverte de l’ouvrage L’art de la mémoire par Frances Yates a profondément influencé sa réflexion. Ce livre retrace l’histoire des moyens mnémotechniques, de la Grèce antique jusqu’au début du XVIIe siècle. Polidori confie avoir toujours pensé que la fonction principale de l’appareil photo était de servir l’histoire, en tant qu’outil. Or, dans L’art de la mémoire, il découvre le principe de la méthode des loci, ou méthode des lieux. Cette technique datant de l’Antiquité, popularisée par les orateurs grecs et romains, repose sur l’association d’informations à retenir avec des lieux bien connus. En reliant les données à une structure spatiale, elles sont plus faciles à récupérer pour le cerveau humain. Cette idée que le souvenir est profondément lié aux lieux marque Polidori. Son travail, centré sur les espaces et leur capacité à raconter une histoire, même sans protagonistes, devient l’illustration de cette notion. Ses intérieurs liant passé et présent semblent ainsi des temples figés de la mémoire humaine. Né à Montréal en 1951, le photographe canadien Robert Polidori, installé en Californie, est connu pour ses clichés à grande échelle des environnements urbains et des espaces intérieurs vides, explorant leur relation avec le temps, le souvenir et la décadence. Polidori considère les pièces et les lieux qu’il choisit comme des « théâtres de la mémoire » dont il ne reste plus que les structures, qui pourraient à tout moment disparaitre à jamais. Dans les années 1970, il arrive à New York, où il travaille aux Anthology Film Archives sous la direction de Jonas Mekas. En 1980, il est diplômé de la State University of New York. En 1998, il obtient le World Press Award pour son reportage de la construction du Getty Museum, puis en 1999 et en 2000 il reçoit le Prix Alfred Eisenstaedt pour ses photographies au New Yorker Magazine. En 2007 et en 2008 il obtient le Communication Arts Award. Récemment, en 2022, il reçoit la bourse du Guggenheim pour la photographie. Ses oeuvres font partie de nombreuses collections, dont celles du Los Angeles County Museum of Art (Los Angeles), du Metropolitan Museum of Art et du Museum of Modern Art (New York), du Victoria and Albert Museum (Londres) ou encore de la Bibliothèque nationale de France (Paris).
