Marais, Paris
Machiko Ogawa
Apophyllízo, le Bleu de la Mer, le Bleu du Ciel
Frank Elbaz[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] As if something might yet happen. As if the form we see could still evolve: the contours of an angular volume crumble, the edges of what appears to be a fragment of rock erode, a puddle wriggles, a piece of glacier begins to melt... Except that, with a temporality that seems suspended, the geological matter the eye initially perceives is not what it seems. For while the artist draws on geology and other natural elements— crystals and minerals in particular, which have long fascinated her—she does so not with the intent to represent or document, but with the ambition to subtly reveal the inner workings of things: an accumulation of strata and energies that ultimately give rise to form. Machiko Ogawa’s art is built on illusions. Not because her ceramic practice toys with imitation—though it certainly displays technical and formal brilliance—but because an uncertainty of perception governs the experience of these works. Ogawa takes us on a meandering journey of interpretation, as each work seems to hold a kind of revelation, in the sense of an unveiling or sudden clarification. Yet what persists is the diffuse sensation of facing a fragment of the unknown, rather than the blossoming of the real. Fissures, sharp cuts, deformations, fractures... the language is raw, heightened by a consummate mastery of how materials interact. Apparent stillness is, in fact, the result of confrontations between elements—porcelain, glass, graphite—and a careful orchestration of chromatic tensions (deep glacier blue, intense black, chalky beige) and formal contrasts (between rough and smooth, opaque and transparent, dark and luminous). From this terrain of oppositions, an unexpected harmony emerges, and the central agent might well be light. Whether they evoke fragments of an unfathomable nature or broken vessels that seem to have gathered aqueous elements, Ogawa’s sculptures do indeed appear to take shape through light. If a volume resembling an excavation reveals something from within—a nature until then buried—it is through light that it emerges, finds unity, and unveils its subtleties and contrasts. To make light a constitutive and essential element of sculpture is also to consider the surrounding space as part of the whole—not only the volume revealed, but the void around it as well—thereby manifesting forces and vibrations that prevent the work from becoming fixed... as if something might yet happen... Leaving us, in the end, with a lingering and persistent question: what if Machiko Ogawa’s work were not only an art of matter, but also—above all—an art of light? —Frédéric Bonnet ***** Comme si quelque chose pouvait encore advenir. Comme si La quiétude apparente est en effet le fruit d’une confrontation des la forme donnée à voir pouvait encore évoluer : les contours matériaux (porcelaine, verre, graphite…) et d’une habile gestion d’un volume anguleux s’effriter, les arrêtes de ce qui paraîtrait des tensions chromatiques (bleu glacier profond, noir intense, beige un fragment de roche s’éroder, une flaque d’eau frétiller, un morceau de glacier entamer sa fonte… À ceci près que, avec crayeux…) et formelles (entre rugueux et lisse, opaque et transparent, sombre et lumineux…). Se construit là une harmonie sur une terre de une temporalité qui semble en suspens, la matière géologique contrastes, où l’ingrédient central pourrait bien être la lumière. que l’œil croirait à première vue percevoir n’en est pas. L’art de Machiko Ogawa est ainsi fait d’illusions. Non parce que sa pratique de la céramique jouerait avec l’idée du mimétisme – ce qui hormis la démonstration d’un brio technique et formel, certes non négligeable, n’aurait en soi que peu d’intérêt –, mais plutôt dans le sens où c’est une incertitude du regard qui préside à la découverte des œuvres. Car si l’artiste y convoque la géologie et autres éléments naturels – cristaux et minéraux notamment, de tout temps pour elle objets de fascination – elle le fait non à des fins de représentation ou de documentation mais avec l’ambition de subtilement révéler un intérieur des choses, un empilement de strates et d’énergies qui in fine délivrent des formes. Machiko Ogawa nous entraine dans des méandres interprétatifs lorsque dans chaque œuvre se fait jour quelque chose tenant de la révélation, dans le sens d’un dévoilement ou d’un éclaircissement soudain. Avec, néanmoins, toujours la sensation diffuse de faire face à un fragment d’inconnu plutôt qu’à l’éclosion du réel. Fissures, découpes acérées, déformations, brisures… : le langage est brut, accentué par une science consommée de la rencontre et des associations. La quiétude apparente est en effet le fruit d’une confrontation des matériaux (porcelaine, verre, graphite…) et d’une habile gestion des tensions chromatiques (bleu glacier profond, noir intense, beige crayeux…) et formelles (entre rugueux et lisse, opaque et transparent, sombre et lumineux…). Se construit là une harmonie sur une terre de contrastes, où l’ingrédient central pourrait bien être la lumière. Qu’elles évoquent des fragments d’une nature insondable ou des contenants brisés ayant recueillis des éléments que l’on dirait aqueux, les sculptures de Machiko Ogawa semblent effectivement prendre corps grâce à la lumière. Si tel volume ressemblant à une excavation révèle quelque chose de l’intérieur, d’une nature jusque-là enfouie, c’est à travers la lumière qu’il émerge et gagne une unité, dévoile ses subtilités et ses contrastes. Or faire de la lumière un ingrédient constitutif et fondamental de la sculpture revient également à tenter d’appréhender l’espace qui l’environne dans un tout, à considérer non pas seulement le volume révélé mais aussi le vide qui l’entoure, manifestant ainsi la présence de forces et de vibrations qui empêchent de figer l’œuvre… comme si quelque chose pouvait encore advenir.… Machiko Ogawa nous entraine dans des méandres interprétatifs lorsque dans chaque œuvre se fait jour quelque chose tenant de la révélation, dans le sens d’un dévoilement ou d’un éclaircissement soudain. Avec, néanmoins, toujours la sensation diffuse de faire face à un fragment d’inconnu plutôt qu’à l’éclosion du réel. Avec au final une question en suspens mais néanmoins persistante : et si l’œuvre de Machiko Ogawa était un art de la lumière et pas seulement de la matière ? Fissures, découpes acérées, déformations, brisures… : le langage est brut, accentué par une science consommée de la rencontre et des associations. —Frédéric Bonnet
