Marais, Paris
Thomas Buswell
Pangloss’s Lost Candy Floss
Suzanne Tarasieve[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] A slightly wilted verdigris green dominates Thomas Buswell’s multicolored work. It appears in dense expressionist strokes, on metal tubes or, more diffusely, on mops. This ambiguous agent seems to leave its invasive mark everywhere. Like those ragwort flowers which, once we have learned to distinguish them from daisies, infiltrate our view of the countryside, along railway tracks. The pigment copper acetate arsenite, known as Paris green because it was used to kill rats in the city’s sewers, poisoned modern painters. Its fumes, as it dried, are said to have caused Cézanne’s diabetes, Monet’s blindness, and Van Gogh’s neurological disorders. This sickly green, repeated and wrung out by Buswell, draws us into a deranged Chthulucene era,[1] in which single machines, beings, industrial and natural objects, and waste attempt to form an ecosystem. Signs of life can be glimpsed. Bundles of organ pipes on life support emit occasional sighs or gasps. A blackish liquid bubbles in a shopping basket resembling a deep fryer, in a makeshift kitchen worktop module. Potentially activatable objects, such as clusters of megaphones, remain inert. However, the pine cone scales encrusted on their surface hint at a process of transformation, the transition from industrial objects designed to alert to silent, natural recovery. Forces of decomposition, calcification, ventilation, and regeneration combine and alternate in the chemistry of the exhibition. They echo a workshop where nothing is wasted, where stained rags become part of drawings, where scraps of wood are used as wedges, where the murky water in the painter’s sink becomes part of the work. The sandpaper painting Coffee Break, on which a mug filled with coffee has been sanded in a circular motion until the beverage spills out, leaving a dripping mark on the paper, is both an illustration and a diagram of this circular approach to art. The wear and tear of inert matter through repetitive gestures, resulting in uncontrolled brown splashes, traces a Zen ensō whose cosmic calm is disrupted by the energizing substance with scatological undertones. In her Maintenance Art manifesto, Mierle Laderman Ukeles used psychoanalytical and cybernetic terms to distinguish the avant-garde driven by the Death Instinct: “separation, individuality, Avant-Garde par excellence; to follow one’s own path to death—do your own thing; dynamic change” and the life instinct of maintenance art: “Unification, the eternal return, the perpetuation and maintenance of the species; survival systems and operations; equilibirum. ”[2] Buswell stages these two antagonistic movements through his theater of objects, drawings, and paintings that accommodate his own detritus and the externalities of modernity. The continuity of life is maintained, but in mutant forms that provoke embarrassed laughter in the face of belching, slumped mops, and a pathetic quest for transcendence. A path to success is outlined for the forces of reproduction, as a phallic-shaped metal cage seems capable of attracting and trapping destructive impulses. Until they are exhausted. —Sylvain Menétrey 1 - A neologism coined by Donna J. Haraway (Staying with the Trouble, Duke University Press, 2016) referring to H.P. LovecraE's science ficHon to describe a world of interconnecHons with terrestrial/chthonic powers. 2 - Mierle Laderman Ukeles, Manifesto for Maintenance Art, 1969. ***** Un vert pas très frais tendance vert-de-gris domine dans l’œuvre multicolore de Thomas Buswell. Il apparaît par touches expressionnistes denses sur des tubes métalliques ou plus diffuses sur des serpillères. Presque partout, cet agent ambigu dépose sa marque invasive. Il est comme ces vergerettes, qui lorsqu’on a appris à les différencier des pâquerettes, s’infiltrent dans tous nos regards à la campagne et le long des voies de chemin de fer. Le pigment d’acéto-arsénite de cuivre, dit vert de Paris, parce qu’il était utilisé pour tuer les rats dans les égouts de la ville, a intoxiqué les peintres de la modernité. Ses vapeurs durant le séchage auraient provoqué le diabète de Cézanne, la cécité de Monet, les troubles neurologiques de Van Gogh. Ce vert maladif répété et essoré par Thomas Buswell nous entraîne dans un chthulucène[1] détraqué, où machines célibataires, êtres, objets industriels et naturels, déchets tentent malgré tout de faire écosystème. Des frémissements de vie sont constatables. Des gerbes de tuyaux d’orgues maintenus sous respiration artificielle poussent des soupirs ou des râles ponctuels. Un panier de course semblable à une friteuse dans un module de plan de travail de cuisine bricolé bouillonne d’un liquide noirâtre. Des objets potentiellement activables comme des grappes de mégaphones restent, eux, inertes. Les écailles de pommes de pin qui s’incrustent sur leur surface indiquent pourtant un processus de transformation, le passage de l’objet industriel à vocation d’alerte à une récupération naturelle silencieuse. Forces de décomposition, de calcification, de ventilation et de régénération se combinent et se relaient dans la chimie de l’exposition. Elles font écho à un travail d’atelier où rien ne se perd, où les chiffons tachés s’insèrent dans des dessins, où les chutes de bois servent de cales, où l’eau trouble de l’évier du peintre fait œuvre. Le tableau en papier de verre Coffee Break, sur lequel un mug rempli de café a été poncé dans un mouvement rotatif jusqu’à faire fuir le breuvage qui laisse sa marque dégoulinante sur le papier est à la fois une illustration et le diagramme de cette approche circulaire de l’art. L’usure de la matière inerte par le geste répétitif jusqu’à l’éclaboussure marron incontrôlée trace un ensō zen dont le calme cosmique est contrarié par la substance énergisante aux tonalités scatologiques. Dans son manifeste pour un art de maintenance,[2] Mierle Laderman Ukeles distinguait dans des termes psychanalytico-cybernétiques l’avant-garde mue par l’instinct de mort : « Séparation ; individualité : avant- garde par excellence ; suivre son propre chemin vers la mort – faire ce que l’on veut ; changement dynamique » et l’instinct de vie de l’art de maintenance : « Unification ; éternel retour ; perpétuation et maintien de l’espèce ; systèmes et opérations de survie ; équilibre. » Thomas Buswell met en scène ces deux mouvements antagonistes à travers son théâtre d’objets, de dessins et de peintures qui accommodent ses propres détritus et les externalités de la modernité. La continuité de la vie est maintenue, mais sous des formes mutantes qui suscitent des rires gênés face aux éructations, aux serpillières avachies, à une pathétique quête de transcendance. Une voie de succès est pourtant esquissée pour les forces de reproduction de la vie, puisqu’une cage en métal de forme phallique semble susceptible d’attirer et piéger les pulsions destructrices. Jusqu’à leur propre épuisement. —Sylvain Menétrey 1 - Néologisme créé par Donna J. Haraway (Staying with the Trouble, Duke University Press, 2016) faisant référence à la science-fiction de H.P. Lovecraft pour décrire un monde d’interconnexions avec les puissances terrestres/chthoniennes. 2 - Mierle Laderman Ukeles, Manifesto For Maintenance Art, 1969! Proposal for an exhibition: “CARE”, 1969. [ma trad.]
