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Germain, Paris

Francis Marshall

Objects Des Passions Infernales ET Peintures Des Horizons Tristes

Georges-Philippe et Nathalie Vallois

8 November – 15 December 2024

[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] One enters Francis Marshall’s world as if at the threshold of a total labyrinthine realm. And it’s not so much the bustling profusion that reigns supreme here as it is the dead ends, false starts, back doors, and winding tunnels that unfold within it. If you looked for an expression, a meaning, you’d find a wealth of them, a multitude!… In so doing, amidst this seeming mayhem, Francis Marshall reminds us that artwork is a sentry against a world on the brink of collapse. This is expressed, in their own way, by his almost abandoned railcars, his hotels made of superimposed crates where couples, embraced and entwined in both senses of the words, huddle so tightly that they seem to be in embryo, or his steles made of salvaged wooden planks that house ex-voto-like paintings in the depths of their cupboards or drawers. There remains, persistently, and particularly in his paintings, something of a muted threat, without our being quite able to locate or characterize it. Because, for almost fifty years, the artist’s production has been characterized above all by a tenacious will to free himself from all imposed rules and constraints, especially those of beauty, truth, and justice, and even those of time and space. Thus the restlessness that constitutes his work – not unlike that of Camille Bombois or André Bauchant, to name just a few – is merely the singular expression of permanent departures from the well-trodden paths of life and art. So we traverse it via the side roads, we board moving trains, we lodge in makeshift hotels, we experience humanity differently, we see painting differently… We especially encounter some of the bold, guiding figures, from Mauricette – “Why Mauricette? I think I wanted to tell the story of a little girl and not a boy. The little girl suffers more, the little boy will become a little man, he will enjoy many privileges, whereas the girl really suffers” – to an anonymous, mischievous, vagabond girl in a tartan skirt and white blouse; from the artist’s grandfather, of British origin, to an apprentice photographer, and an elegant but somewhat awkward man in a suit and tie – who could be the artist himself, and who seems just as lost as the rest of us onlookers amidst adventures that surpass him/us… It is said that artists were granted a role once the burning of witches and heretics began. Suffice it to say that the latter’s reconquered freedom of expression was won on the mute ashes of the former. Confronted with what Francis Marshall today proposes, there is something excessive, foolhardy, unbearable, unjust, unjustified, and unjustifiable, but this was the way he had to pass to mutter and murmur it, to express and visualize it, to declare it and bring it to this level of ebullient intensity. As if he had to pierce, here and now, and with all his might, the impenetrable spaces of images to better escape and save himself, all his works, and all those envisaged in them. —Marc Donnadieu ***** On entre dans l’univers de Francis Marshall comme au seuil d’un monde total en forme de labyrinthe. Et ce n’est pas tant par la profusion grouillante qui pourtant y règne en maitresse, que par les impasses, les fausses pistes, les portes dérobées et les galeries tortueuses qu’elle déploie en son sein. Y chercherait-on une expression qu’on en trouverait une foule, un sens qu’on en trouverait une multitude !… Se faisant, au cœur de cette pagaille apparente, Francis Marshall nous rappelle que l’œuvre est une sentinelle face à un monde au bord du gouffre. Ce qu’expriment à leur façon ses wagons laissés quasi à l’abandon, ses hôtels faits de cagettes superposées où des couples enlacés et encordés dans tous les deux sens des termes se blottissent si fort qu’ils semblent s’embryonner, ou ses stèles en planches de bois récupérées qui abritent au plus profond de leurs placards ou de leurs tiroirs des tableaux à valeur d’ex- voto. Il en reste, persistante, dans ses peintures particulièrement, quelque chose d’une sourde menace, sans pouvoir pour autant ni la situer, ni la caractériser vraiment. Car, depuis près de cinquante ans, la production de l’artiste se caractérise en premier lieu par une volonté tenace de s’affranchir de toute règle et de toute contrainte obligées, en particulier celles du beau, du vrai et du juste, voire celles du temps et de l’espace. Aussi l’intranquillité qui la constitue – et qui n’est pas sans rappeler celle d’un Camille Bombois ou d’un André Bauchant, pour n’en citer que quelques-uns – n’est que l’expression singulière d’échappées permanentes hors des (auto)routes balisées de la vie comme de l’art. On la parcourt donc par des chemins de traverse, on y prend des trains en marche, on s’y installe dans des hôtels d’infortunes, on y vit l’humain différemment, on y voit de la peinture autrement… On y croise surtout quelques figures tutélaires et téméraires, de Mauricette – « Pourquoi Mauricette ? Je crois que j’ai eu envie de raconter l’histoire d’une petite fille et pas d’un garçon. La petite fille subit davantage, le petit garçon ça deviendra un petit homme, il aura un certain nombre de privilèges, alors que la petite fille subit vraiment. » – à une jeune fille anonyme, vagabonde et espiègle en jupe écossaise et chemiser blanc – le grand- père de l’artist est britannique d’origine –, en passant par un apprenti photographe et un homme élégant en costume cravate mais quelque peu emprunté – qui pourrait être l’artiste lui-même et qui semble tout aussi perdu que nous, regardeurs au cœur d’aventures qui le/nous dépassent… Car, au-delà d’une sauvagerie désordonnée et protéiforme – « Nous sommes tous rembourrés » souligne un artiste qui intitule certaines de ses sculptures « Bourrage » –, chaque figure y possède une existence et une parole en soi, même si celles-ci nous déroutent et nous bouleversent ; chaque chose une nécessité immédiate au sein de l’ensemble ; chaque élément un rôle précis à jouer et à déjouer, y compris vis-à-vis de l’artiste lui-même ! Ce dernier prend donc soin de titrer précisément son travail, d’en qualifier les personnages, d’en définir les lieux et les espaces, voire d’amorcer des récits quasi filmiques comme pour mieux les signifier et les faire rentrer dans le réel du monde comme on entre dans le moule de l’existence sociale avant de le déborder : « Il y avait une volonté, sur les objets en particulier, de les perturber. J’aimais quand même bien écrire, et puis au départ j’étais fasciné par les panneaux d’interdiction que l’on trouve à la campagne ; même les publicités… Et la force de l’écriture me frappait. C’est pourquoi je me suis mis à le faire. […] Je ne me sentais pas du tout écrivain, mais je voulais que les mots participent de cette histoire-là. » Il est dit que les artistes se sont vu confier un rôle dès lors que l’on a commencé à brûler les sorcières et les hérétiques. Disons que la liberté d’expression reconquise des seconds s’est gagnée sur les cendres muettes des premiers. Face à ce que nous propose aujourd’hui Francis Marshall, il y a quelque chose d’excessif, d’insensé et d’insupportable, d’injuste, d’injustifié et d’injustifiable, mais devait-il en passer par là pour le marmonner et le rachâcher, pour l’exprimer et l’imager, pour le déclarer et le porter à ce niveau d’intensité bouillonnante. Comme s’il fallait trouer, ici et maintenant, et de toutes ses forces, les espaces impénétrables des images pour mieux s’en sortir et s’en sauver, lui, toutes ses œuvres et tous celles et ceux qu’y sont envisagé.e.s. —Marc Donnadieu

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