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Belleville, Paris

Michael Ho

As Feelings Burn Their Way

High Art

19 October – 3 December 2023

[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] It’s the little things that linger: the ripe scent of summer sweat, moonlight glinting off black leather, a susurrus through the leaves. Memory casts the warmth of its flame on sensory experiences that only intensify each time we return to them. Michael Ho aptly calls this kind of recollection “cinematic,” each instance crystallized in a vignette or frame. We are all our own main characters, after all, even when we try our best to forget ourselves. In Ho’s exhibition, As Feelings Burn Their Way, memories spark up, paradoxically, from the places where bodies forget namelessly together: public parks and cruising sites where men feel their way through the dark in search of sex. Sometimes a glimpse, a touch, are all you get. Ho holds up these moments for us, exposing them like negatives, though his voyeuristic gaze never grants us the whole picture. We see hands and napes but never full faces. In a culture which seeks to institutionalize queerness, this kind of intimacy still has no name. Ho’s unique process involves producing negatives, or perhaps more accurately, making tableaux from stains. He begins by pushing paint through the back of an unprimed canvas in mostly abstract patterns which harden to an unabsorbent ground. Once the canvas is reversed, these forms act as a kind of stencil, occluding figures which the artist first renders digitally and then onto the front of the painting in oils applied by hand. Each work is thus partially a mirror image, imbued with the same- but-different quality which characterizes gay desire. The abstract patterns, meanwhile, which are often composed of lozenges, resemble rustling leaves or writhing microorganisms, summoning the threat of contagion that has long hung over cruising sites while imagining queer new forms of life being born and bred there. But these are not just Ho’s memories. They are fragments of a shared heritage, reflected back at us. The two men barely visible through dense foliage in What is left unsaid, dressed in what seem like matching denim jackets, are the lovers from Gregg Araki’s full-throttle film The Living End (1993). A moment of romantic, mutual annihilation in the face of a life-threatening disease has been recast here as one of quiet tenderness. The cropped mouth sucking on a set of knuckles in Purple bruised afterthoughts was borrowed from the cover of Crush (2004), a collection by poet Richard Siken. “It’s not like a tree where the roots have to end somewhere, it’s more like a song on a policeman’s radio,” Siken writes of love’s promise in the book’s opening poem, “Scheherazade.” You can almost hear the cop scanner crackling over Oft in Tiefen Winternachten (Often in the Dead of Winter), the leather kit in a tangle of roots perhaps a sign of love’s promise having just been abandoned. And then there is the remarkable Thick with silence, with its tendrils curling from the end of a lit cigarette passed between two outstretched hands. It’s a moment of pleasure that foregrounds its evanescence, and a potent symbol of petit mort. A shadow of Jean Genet’s only film, Un chant d’amour (1950), rises from the painting’s exchange of vapors through the orifice of a tree hollow – but then identity in Ho’s work is always a matter of smoke and mirrors. The white and purple in these paintings, while redolent of moonlight, reproduces the effect of eyes adjusting to the dark. But just as soon, what comes to light will almost surely vanish again. The thing that matters most is the memory of love’s burn. As Siken puts it, “The light is no mystery, the mystery is that there is something to keep the light from passing through.” —Evan Moffitt ***** C'est sur les petites choses que l'on s'attarde : l'odeur âcre de la sueur estivale, la lueur de la lune se reflétant sur le cuir noir, un chuchotement à travers les feuilles. La mémoire projette la chaleur de sa flamme sur des expériences sensorielles qui s’intensifient à chaque fois que nous y retournons. Michael Ho appelle à juste titre ce genre de souvenir "cinématographique", chaque instant se cristallise en une vignette ou un cadre. Après tout, nous sommes tous nos propres personnages principaux, même lorsque nous recherchons l’oubli. Dans l'exposition de Ho, As Feelings Burn Their Way, les souvenirs jaillissent, paradoxalement, à des endroits où les corps s’oublient anonymement ensemble : parcs publics, lieux de drague où les hommes cherchent leur chemin dans l'obscurité en quête de sexe. Parfois, une vision fugace ou un bref contact, c'est tout ce que vous obtenez. Ho présente ces moments pour nous, les exposant comme des négatifs, bien que son regard voyeur ne nous donne jamais une vision complète. Nous voyons des mains et des nuques, mais jamais de visages complets. Dans une culture qui cherche à institutionnaliser la "queerness", ce genre d'intimité n'a toujours pas de nom. Le procédé unique de Ho implique la production de négatifs, ou plus exactement, la création de tableaux à partir de tâches. Il commence par pousser de la peinture à travers l'arrière d'une toile non apprêtée dans des motifs principalement abstraits qui durcissent pour former un fond non absorbant. Une fois la toile retournée, ces formes servent de pochoir, occultant les figures que l'artiste travaille d'abord numériquement, puis sur le devant de la peinture, à l'huile appliquée à la main. Chaque œuvre est donc en partie une image miroir, imprégnée de la qualité identique-mais-différente qui caractérise le désir gay. Les motifs abstraits, quant à eux, souvent composés de losanges, ressemblent à des feuilles qui bruissent ou à des micro- organismes qui se tortillent, évoquant la menace de contagion qui plane depuis longtemps sur les lieux de drague tout en imaginant de nouvelles formes de vie queer naissant et se développant là-bas. Mais ces images ne sont pas seulement les souvenirs de Ho. Ce sont les fragments d'un héritage partagé qui nous sont renvoyés. Les deux hommes à peine visibles à travers un feuillage dense dans "What is left unsaid", vêtus de ce qui semble être des vestes en jean assorties, sont les amoureux du film effréné de Gregg Araki, "The Living End" (1993). Un moment de destruction romantique mutuelle face à une maladie mortelle est ici retranscrit comme un moment de douce tendresse. La bouche recadrée suçant un ensemble de phalanges dans "Purple bruised afterthoughts" a été empruntée à la couverture de "Crush" (2004), un recueil du poète Richard Siken. "Ce n'est pas comme un arbre où les racines doivent finir quelque part, c'est plutôt comme une chanson à la radio d'un policier", écrit Siken à propos de la promesse de l'amour dans le premier poème du livre, "Scheherazade". On peut presque entendre le scanner du policier grésiller sur "Oft in Tiefen Winternachten" (Souvent au cœur de l'hiver), le kit en cuir emmêlé dans un enchevêtrement de racines peut-être un signe que la promesse de l'amour vient d'être abandonnée. Et puis il y a l'incroyable "Thick with silence", avec ses vrilles s'enroulant à l'extrémité d'une cigarette allumée passée entre deux mains tendues. C'est un moment de plaisir qui met en avant son évanescence et un puissant symbole de la « petite mort ». Une ombre du seul film de Jean Genet, "Un chant d’amour" (1950), émane d’un échange de vapeurs dans la peinture, à travers l'orifice de la cavité d'un arbre – c’est que l'identité dans l'œuvre de Ho est toujours une question de fumée et de miroirs. Les blancs et violets de ces peintures, tout en évoquant le clair de lune, reproduisent l'effet oculaire des yeux s'adaptant à l'obscurité. Mais ce qui prend la lumière disparaîtra presque tout aussi rapidement. Ce qui compte le plus, c'est le souvenir de la brûlure de l'amour. Comme le dit Siken, "La lumière n'est pas un mystère, le mystère est qu'il y ait quelque chose pour l’empêcher de passer." —Evan Moffitt

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