Marais, Paris
Rafik Greiss
The Longest Sleep
Balice Hertling[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] Sleep is cyclic. A universal ritual. What wakes sleeps. What lives dies. In "The Longest Sleep’’, Rafik Greiss squares with the circle of life. He embraces rituals that disturb linear time. A discarded piano? Sculpture (Thais (Bird of Paradise), 2024). A distorted postcard? The Second Life of a cat (2024). He asks, teasingly, what if the Omega were the Alpha? What if our life and all the shit in it were eternal? That’s the dream here. An obsession with the life cycle of objects animates Greiss’ practice. Many of the works on display are the spoils of his trash-to- treasure eye combing the streets of Paris, Tbilisi, and Cairo. He finds power in thresholds and between-spaces: the worn doormat of a Sufi mosque (Mawlid Doormat, 2024), a photograph of cloth strung up in an empty lot (Trade Winds, White Heat, 2024). ). Behind a set of doors from the street in Georgia, Griess tucks an intimate thumbnail photo, the dirty glass a protective gauze (Lèvres Froides (Die Selection Cover), 2024). His manipulations to object and image give renewed life to forgotten reality. Shoot, lug, cut, scan, frame, tear, research, repeat. Two-dimensional images of three-dimensional objects are given texture through paper, framing, and grit. They become three-dimensional again. A cycle. At the back of gallery, inset wooden panels sheath Greiss’ refuge for refuse. An oeuvre in situ, “With tree pollen covering everything, and more skin showing everywhere you look, sometimes spring feels a bit like...” (2024) points to the relative nature of “dirty”. Surprise: the definition is cultural, shaped by religion and economic condition. In the bottom corner of the panels, Greiss etches Adam, fallen. In this 14th century image, Adam wields a woody hard-on of arbor philosophica, the alchemical precursor to the philosopher’s stone. Greiss wouldn’t claim it, but he has a knack for turning base material off the street into gold. By reappropriating and re-valorizing waste from his home country, Greiss subverts our sense of the sacred, the clean and the unclean. He observes rituals in the environment (see Pattern Recognition I and II, 2024). And here, in the blank slate of the gallery, his objects are isolated from their source. Perspective is reframed. In the basement, one triptych film anchors the dream. Greiss’ first major film work, The Longest Sleep takes viewers on a fever- dream circuit of mawlids. Arabic for “anniversaries”, these are birthdays celebrations for Sufi walis, local saints who serve as meditator and intercessor to God. With his camera as the invite, Greiss documents hadra, rave-like prayer rituals performed at mawlids. Rapt, believers lurch right, then left. They cry out, inhale, pray, release. On and on. Dusk ‘til dawn. It’s addicting, or at least that’s what Greiss observed across the dozen mawlids he participated in this summer. Like Deadheads, or rave kids, he encountered again and again many of the same pious people who travel around Egypt seeking something higher. He insists the film is not about religion. Rather, “The Longest Sleep” concerns transcendentalism as a cyclical practice that distorts time. “I was deeply moved that people could reach these altered states without drugs,” Greiss recalls. “Their eyes rolled back in their heads, and saliva flew from their mouths when they spun together. The intensity was contagious.” According to Andrew Newberg, expert in the emerging field of neurotheology, all these acts set alight the same part of our pre-frontal cortex. There is a spatial side to belief, it’s mapped in our brains. Picture the whirling of the pilgrim-addicts with synapses firing. There is the potential for breakdown — in motion and emotion. To Greiss, the mosque-to-rave pipeline is leaky but transcendence-seeking is timeless. It’s cyclic like the merry-go-round in his film. “I never grew up with religion, but I was always intrigued by the stubbornness of religious people,” reflects Greiss. Stubborn, that is, in their pursuit of that higher plane where time spirals. While filming “The Longest Sleep”, Greiss never joined in the hadra. “If I could have been invisible while filming, I would have,” he admits. He and us: modern wallflowers to transcendence. But maybe we should get dirty with it? Lurch right, lurch left. Then cry out, inhale, pray, release, repeat. “It takes over the body” Greiss recalls. Until you fall into the longest sleep. —Andrew Pasquier Greiss (b. 1997) is an Irish-born Egyptian artist currently based in Paris. His work has been exhibited internationally at venues such as Kunsthalle Zurich (Zurich, 2024), the Swiss Institute (New York, 2023), and Balice Hertling (Paris), among others. His first solo exhibition was held at Galerie Balice Hertling in 2021. ***** Le sommeil est cyclique. Un rituel universel. Ce qui s’éveille s’endort. Ce qui vit meurt. Dans "The Longest Sleep’’, Rafik Greiss interroge le cycle de la vie. Il embrasse les rituels qui troublent le temps linéaire. Un piano abandonné ? Une sculpture (Thais (Bird of Paradise), 2024). Une carte postale déformée ? The Second Life of a Cat (2024). Il demande, avec malice : et si l’Omega était l’Alpha ? Et si notre vie, et tout ce qu’elle charrie, était éternelle ? C’est le rêve ici. Une obsession pour le cycle de vie des objets anime le travail de Rafik Greiss. Bon nombre des œuvres exposées ici sont le fruit de sa pratique du trash-to-treasure dans les rues de Paris, de Tbilissi et du Caire. Il trouve son pouvoir dans les seuils et les espaces intermédiaires : le paillasson usé d'une mosquée soufie (Mawlid Doormat, 2024), une photographie d'un tissu suspendu dans un terrain vague (Trade Winds, White Heat, 2024). Dans un ensemble de portes usées de la rue en Géorgie, Greiss place une délicate vignette d'intimité, le verre sale étant une gaze protectrice (Lèvres Froides (Die Selection Cover), 2024). Ses manipulations de l'objet et de l'image redonnent vie à une réalité oubliée. Tirer, transporter, couper, scanner, encadrer, déchirer, rechercher, répéter. Les images bidimensionnelles d'objets tridimensionnels se texturent grâce au papier, au cadrage et à la granulation. Elles redeviennent tridimensionnelles. Un cycle. Au fond de la galerie, des panneaux de bois encadrés rengainent le refuge de Greiss pour des rebuts. Œuvre in situ, With tree pollen covering everything, and more skin showing everywhere you look, sometimes spring feels a bit like... (2024) pose la question de la nature relative du mot « sale ». Surprise : la définition est culturelle, façonnée par la religion et la condition économique. Dans le coin inférieur des panneaux, il grave Adam, déchu. Dans cette image du XIVe siècle, Adam brandit une poutre en bois d'arbor philosophica, précurseur alchimique de la pierre philosophale. Greiss ne le dirait pas, mais il a le don de transformer la matière première en or. En se réappropriant et en revalorisant les déchets de son pays d'origine, Greiss subvertit notre sens du sacré, du propre et de l'impur. Il voit des rituels dans l'environnement (voir Pattern Recognition I et II, 2024). Et ici, dans l'ardoise blanche de la galerie, ses objets sont isolés de leur source. La perspective est recadrée. Au sous-sol, un film en triptyque ancre le rêve. Le premier travail cinématographique de Greiss, The Longest Sleep, emmène les spectateurs dans un ensemble de rêve fiévreux de mawlids, qui signifie « anniversaires » en arabe. Il s'agit de célébrations d'anniversaires pour les wali soufis, des saints locaux qui servent d'intercesseurs auprès de Dieu. Greiss documente les rituels de prière exécutés lors des mawlids, connus sous le nom de hadra. Extasiés, les croyants s'inclinent à gauche, puis à droite. Ils crient, inspirent, prient, relâchent. Et ainsi de suite. Du crépuscule à l’aube. C'est addictif, ou du moins c'est ce que Greiss a observé au cours des dix mawlids auxquels il a participé cet été. Comme les « deadheads » ou les « rave kids », il a rencontré beaucoup des mêmes personnes pieuses voyageant à travers l'Égypte à la recherche de quelque chose de supérieur. Il insiste sur le fait que le film ne traite pas de religion. The Longest Sleep traite plutôt du transcendantalisme comme d'une pratique cyclique qui déforme le temps. « J'ai été profondément ému de voir que les gens pouvaient atteindre ces états altérés sans drogue », se souvient Greiss. « Leurs yeux se révulsaient dans leur tête et de la salive s'échappait de leur bouche lorsqu'ils tournaient ensemble. L'intensité était contagieuse ». Selon Andrew Newberg, expert dans le domaine émergent de la neurothéologie, tous ces actes enflamment la même partie de notre cortex préfrontal. La croyance a un côté spatial, elle est inscrite dans notre cerveau. Imaginez un tourbillon des pèlerins-dépendants avec les synapses qui s'allument. Il existe un potentiel de rupture - dans le mouvement et l'émotion. Pour Greiss, la frontière entre la mosquée et la rave est poreuse, et la recherche de la transcendance est universelle. C'est un phénomène cyclique, comme le manège du film. « Je n'ai pas grandi avec la religion, mais j'ai toujours été intrigué par l'obstination des religieux », explique Greiss. Ils s'obstinent à poursuivre ce plan supérieur où le temps s'enroule en spirale. Pendant le tournage de « The Longest Sleep », Greiss n'a jamais participé à la hadra. « Si j'avais pu être invisible pendant le tournage, je l'aurais fait », admet-il. Lui et nous, nous sommes des gêneurs modernes de la transcendance. Mais peut-être devrions-nous nous salir ? Osciller à droite puis à gauche. Puis pleurer, inspirer, prier, relâcher, recommencer. « Le corps est pris d'assaut », se souvient Greiss. Jusqu'à ce que vous tombiez dans le plus long des sommeils. —Andrew Pasquier Greiss (né en 1997) est un artiste égyptien d'origine irlandaise actuellement basé à Paris. Son travail a été exposé internationalement dans des lieux tels que la Kunsthalle de Zurich (Zurich, 2024), le Swiss Institute (New York, 2023) et Balice Hertling (Paris), entre autres. Sa première exposition personnelle a eu lieu à la Galerie Balice Hertling en 2021.
