Marais, Paris
David Douard
Permanent Hymns
Chantal CrouselGalerie Chantal Crousel is pleased to present David Douard's fourth exhibition, Permanent Hymns, where he composes a polyphony of forms and materials as shared hymns. Through a collection of new works, the artist unfolds a constantly evolving plastic language, blending mediums and motifs in a balance oscillating between fragility and statuesque presence. Which world are we in? The one where a shiny chrome fanged bat headdress, garlanded with pearls and flowers rendered in chilly metal, is worn after a dystopian ritual, a celebration of the coming of spring, perhaps, the vernal equinox on a landscape littered with toxic waste, garbage, animal bones, all of it strangely aglow. The one where people melt before a huge pile of shrieking pink mutant ejaculate littered with cute pink flowers, as if a luscious artificial Jeff Koons garden was inside it, slowly mutating into something else. The one festively scarred by the fact that David Cronenberg’s masterpiece Crash with its creepy marriage of flesh and metal was actually the biggest blockbuster of 1996. OK, David Douard’s sculptures offer us all of these worlds at once. He’s a mad scientist. I’m not even sure what they are all the time. The way they’re laid out reminds me of autopsies, creatures laid out, inside and outside mixed together. They give me the creeps. It’s magical. He creates a mutant version of sculpture, where it’s possible to catch the leftovers of the medium’s past peeping out through the chaos and debris, e.g. a cyberpunk version of Robert Rauschenberg during that early phase where he was all about the enchantment of garbage, most especially the gore-splattered Bed which hangs like one of David’s sculptures, simultaneously a murder scene, sci-fi marshland and fucked-up found object. David doesn’t fuck with goats but as a treat in one of these pieces, there appears to be a little plastic deer’s skull. (Tetsumi Kudo is in there, too, undead but still growing, with his body parts and fake organic matter. Kudo liked flowers, too.) The organic and the engineered are mating, impersonating each other, creating weird new entities. Painted roses hidden here and there rather than those that rot, metal flowers, metal beams used as bones. Given the anatomical dimensions of all this, I wonder if they’re also mutations of the surrealist concept of the exquisite corpse, a trippy distortion of the body rendered by several brains at once, but, like, for the oozy brain-scrambling era of Chat GPT. Or its aftermath. ‘Permanent hymns’ rather than lullabies but permanent hymns to what? Nightmares? H.R. Giger? Perhaps a piece of metal is a permanent hymn, which, unlike the tragically organic, can’t decay but turns strange over time. Rust never sleeps. Even the beautiful bat skull, concocted by some dedicated and sensitive future creature, will in time become a playground for worms. It reminds me of the skull, the memento mori lurking in Renaissance paintings, roses growing from the eye sockets. And the orbs, those huge shiny monster eyeballs scattered through David’s works, they throw us into another world, too. Yup, ‘the future’, a term which can only be handled in a hazmat suit with a feeling of jet-black dread flowing through you. A future of further decay, environmental toxicity, in which our relationship to technology (and technology’s relationship to us) gets closer and closer… A future where the things encrypted within David’s works, the feast of materials hidden within the work, is studied by an archaeologist wearing a metal version of a plague mask. Is that a fence or the membrane of a flayed mutant’s facial tissue? Was that a coffin? When you get close to David’s work, sometimes you can see your face turned to ooze in its shiny surface. ‘Warped’ is probably the best thing to say. Yeah, ‘warped’. A new mutant, waiting to be dissected. —Charlie Fox, Wicked Ooze! (Undead Remix) ***** Pour sa quatrième exposition à la Galerie Chantal Crousel, Permanent Hymns, David Douard compose une polyphonie de formes et de matières, comme autant d’hymnes partagés. À travers un ensemble d’œuvres inédites, l’artiste déploie un langage plastique en constante mutation, mêlant médiums et motifs dans un équilibre oscillant entre fragilité et présence statuesque. Dans quel monde sommes-nous ? Un monde où, après un rituel dystopique s’apparentant à une célébration de l’équinoxe ou de l’arrivée du printemps, on revêt une coiffe en forme de chauve-souris aux crocs chromés et rutilants, ornée de perles et de fleurs en métal glacé, au milieu d’un paysage jonché de déchets toxiques, de détritus et d’ossements d’animaux tous étrangement lumineux. Un monde où les gens fondent devant un immense tas de sperme mutant d’un rose criard recouvert de jolies fleurs roses, comme si un somptueux jardin artificiel de Jeff Koons se trouvait à l’intérieur, se transformant lentement en quelque chose d’autre. Un monde joyeusement traumatisé parce que le chef-d’œuvre Crash de David Cronenberg, avec son mélange terrifiant de chair et de métal, a en fait été le plus gros succès du box-office en 1996. D’accord, les sculptures de David Douard donnent à voir tous ces mondes à la fois. C’est un savant fou. Je ne suis même pas toujours certain de ce qu’elles sont. La façon dont elles sont disposées me fait penser à des autopsies, à des créatures ouvertes dont l’intérieur et l’extérieur se confondent. Elles me donnent la chair de poule. C’est magique. Il crée une version mutante de la sculpture qui laisse entrevoir les vestiges du passé de ce medium à travers le chaos et les décombres. Cela peut évoquer une version cyberpunk de Robert Rauschenberg à ses débuts, quand il s’attachait à révéler la poésie des déchets, en particulier avec Bed, œuvre gore éclaboussée de sang et suspendue comme l’une des sculptures de David, à la fois scène de crime, marais de science-fiction et objet trouvé répugnant. David ne vole rien aux grands, mais pour le plaisir, l’une de ses œuvres contient un petit crâne de cerf en plastique. (Tetsumi Kudo est également présent, mort-vivant mais en pleine croissance, avec ses morceaux de corps et sa fausse matière organique. Kudo aimait les fleurs lui aussi.) L’organique et l’ingénierie s’accouplent et s’imitent, donnant naissance à de nouvelles entités étranges. Des roses peintes cachées ici et là au lieu de celles qui pourrissent, fleurs de métal, tiges métalliques utilisées en guise d’os. Face aux dimensions anatomiques de ces œuvres, je me demande si elles ne seraient pas également des mutations du concept surréaliste du cadavre exquis, une déformation hallucinée du corps produite par plusieurs cerveaux à la fois, mais destiné à l’époque du brouillage cérébral gluant de ChatGPT – ou celle qui suivra. Des « hymnes permanents » plutôt que des berceuses, mais des hymnes permanents à quoi ? Aux cauchemars ? À H.R. Giger ? Un morceau de métal peut être un hymne permanent, car contrairement à la tragédie de l’organique, lui ne pourrit pas, mais devient étrange au fil du temps. La rouille ne dort jamais. Même le magnifique crâne de chauve-souris imaginé par une créature du futur, dévouée et sensible, deviendra à terme un terrain de jeu pour les vers. Cela me rappelle le crâne, ce memento mori tapi dans les tableaux de la Renaissance, des roses poussant hors de ses orbites. Les orbes, énormes globes oculaires monstrueux et luisants dispersés dans les œuvres de David, nous projettent eux aussi dans un autre monde. Oui, le « futur » est un mot qu’on ne peut manipuler qu’en combinaison de protection, envahi par une angoisse noire de jais qui vous traverse de part en part. Un futur de pourrissement accru, de toxicité environnementale, où notre rapport à la technologie (et celui de la technologie avec nous) devient de plus en plus étroit… Un futur où un archéologue, portant une version métallique d’un masque contre la peste, examine ce qui est encodé dans les créations de David, ce festin de matières caché au cœur de l’œuvre. Est-ce une clôture ou la membrane du visage d’un mutant écorché ? Était-ce un cercueil ? Lorsque l’on s’approche des œuvres de David, on voit parfois notre visage suinter sur leur surface brillante. « Distordu » est probablement le terme qui s’applique. Oui, « distordu ». Comme un nouveau mutant à disséquer. —Charlie Fox, Substance Maléfique (Remix Mort-Vivant)
