Marais, Paris
José Leonilson & Sequoia Scavullo
Les Pensées du Cœur
Sans Titre[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française] "Work as the desired object […] I like that work realizes the desire. I like to see my desires be realized, to know that some others too realize their desires"[1] Exactly forty years ago, the work of Joseph Leonilson (Brazil, 1957-1993) was exhibited in Paris for the first time.[2] The artworks of this major artist in Brazilian history have only been shown a few times in France since then. In February 2017, at 680 Park Avenue on the Upper East Side of Manhattan, I walked for the first time through an exhibition of Leonilson. Leonilson paints, embroiders, draws, and writes. He employs a narrative poetry, some very matte haiku, that is both verbal and punctuated by pictogram-like drawings. A vocabulary at once autobiographical and enigmatic, focused on raw emotions and introspective reflections shaped by intimate experiences. It is a political reading of the history of bodies converging at a moment when interpersonal relationships are being disrupted in a country emerging from dictatorship, and where the perception of bodies in society is about to be profoundly affected by the emergence of AIDS. Leonilson is a major figure of la Geração 80 (the 1980s Generation). His early works convey a certain of formalist pleasure, with vibrant colors that span large-format canvases. Over the course of the decade, he transitions toward a more minimalist style, in which narratives unfold in expanses of white space – revealing an interest in Robert Ryman, whose exhibition Leonilson viewed at the Centre Pompidou in 1981. From 1991, his formats become intimate – perhaps influenced by his extensive travels in Europe – and focus more closely on the body, as his mobility was constrained by AIDS-related complications after he leaned of his infection in August of that year. In an interview with Adriano Pedrosa in the spring 1991, Leonilson emphasizes both the intimate dimension of his work and the universal scope of the emotions he conveys: “AP: Do you think your work is a diary? JL: Yes. The works are completely autobiographical. AP: They are completely personal? JL: They are completely personal. But if someone looks at this (The Game is Over, 1991), don’t you think it automatically establishes a relation with his issues? Because this is something present in everyone’s life, right? We are always experiencing disappointments in love. I keep talking about myself, about my relationships. This is the diary. But it can speak about the collective subconscious.”[3] Les pensées du coeur (“The thoughts of the heart”), takes narrative as its point of departure, building on a feminist epistemology for which what is at stake is to consider the experience as a resource to generate knowledge.[4] Understood as a time of resonance rather than a direct lineage, the exhibition brings togethers Leonilson’s works from 1980 to 1991 and more recent pieces by Sequoia Scavullo (b. 1995). Reflections on nonverbal communication lie at the core of Scavullo’s paintings and films. In her canvases, she constructs a symbolic alphabet – a new language founded on emotional transmission. With paternal roots in the Taíno people of the Carribean, Scavullo integrates Taíno dream-interpretation practices and their holistic worldview, conceiving of dreaming, imagination, and personal narrative as vital tools of healing and resistance. At Sans titre, her artworks unfold as new spaces of self-invention, to exit the male gaze while resonating with Leonilson’s own homoerotic perspective. In her film Ruler of the Land, Scavullo creates a narrative that blurs the line between reality and fiction, adopting a female gaze in which the artist – or perhaps her alter ego – bewitches the man fated to become her partner. Throughout the exhibition, there is an emphasis on skin: from spotted animal pelts to imagined portraits suggesting that feline markings can hint at alternative geographical and spiritual identities. Scavullo’s Dear Mr. President (2025) fuses Alan Turing’s concept of morphogenesis with notions of self-determination through coded symbols. Patterns reminiscent of feline fur appear alongside her secret alphabet, whispering a hidden message through painting. —Georgia René-Worms The exhibition is made possible with the support of Almeida & Dale, São Paulo, and thanks to the precious help of João Paulo de Siqueira Lopes. It is part of the official program of the France-Brazil Season 2025. 1 - Quote from Joseph Leonilson’s statement of intent at the occasion of the New Biennial of Paris 1985 (Nouvelle Biennale de Paris). Archives from the Kandinsky Library, Centre Georges Pompidou. 2 - New Biennial of Paris, from March 21 to May 21, 1985. 3 - José Leonilson in conversation with Adriano Pedrosa (São Paulo, March 4, 1991), in Leonilson: Drawn 1975-1993, Berlin: Hatje Cantz; KW Institute for Contemporary Art, 2020. Edited by Krist Gruijthuijsen, 274. 4 - Living a Feminist Life, Sara Ahmed, Duke University Press Books, 2017. ***** "Le travail comme objet désiré […] j’aime que le travail réalise le désir J’aime voir mes désirs se réaliser, de savoir que quelques autres aussi réalisent leurs désirs[1] Il y a quarante ans exactement le travail de José Leonilson (Brésil, 1957-1993) était exposé pour la première fois à Paris.[2] Depuis, les œuvres de cet artiste majeur de l’histoire brésilienne n’a fait que de rares apparitions sur la scène française. En février 2017, au 680 Park Avenue de l’Upper East Side à Manhattan, je traverse pour la première fois une de ses expositions. Leonilson peint, brode, dessine, écrit. Il use d’une poétique narrative, des haïkus très mats verbaux mais aussi composés de dessins semblables à des pictogrammes. Un vocabulaire à la fois autobiographique et énigmatique, centré sur des sentiments émotionnels bruts, des réflexions introspectives à travers ses expériences intimes. C’est une lecture politique de l’histoire des corps qui se rencontrent à une époque où les relations interpersonnelles sont bousculées, dans un pays qui sort d’une période dictatoriale et où la perception des corps dans la société va être bouleversée par l’arrivée du VIH. José Leonilson est une figure majeure de la Geração 80 (La Génération des années 80), ses premières œuvres incarnent une forme de plaisir formaliste, riches en couleurs et qui se déploient sur des toiles libres de grand format ; pour glisser au cours de la décennie vers un travail plus minimal où la narration s’épanouit dans des espaces blancs où l’on perçoit l'intérêt pour Robert Ryman, dont Léonilson a pu voir l’exposition au centre Pompidou en 1981. Les formats deviennent intimes, peut-être en adéquation avec ses nombreux voyages à travers l’Europe. Puis plus proches du corps encore à partir de 1991 avec les contraintes de mobilité qu’induisent les effets collatéraux du VIH, dont il apprend être porteur en août de la même année. Dans un entretien mené par Adriano Pedrosa au printemps 1991, Leonilson affirme la dimension intime de ses œuvres et l’universalisme des sentiments qu’il expose : “AP : Penses-tu que ton travail soit un journal ? JL : Oui mon travail est complètement autobiographique AP : Il est complètement personnel ? JL : Il est complètement personnel. Mais si quelqu’un regarde cette pièce (The Game is over, 1991), il va directement comprendre de quoi il s’agit. Parce que c’est une chose présente dans la vie de tout le monde, non ? Nous expérimentons tous le désespoir en amour. Je parle de moi, de mes relations. C’est un journal mais ça peut aussi parler d’un subconscient collectif.”[3] Les pensées du cœur, prend comme point d’entrée le rapport à la narration, l'écriture autobiographique dans l'œuvre. Une notion qui s’inscrit dans la continuité d’une épistémologie féministe qui a comme enjeu de penser l’expérience comme une ressource pour générer de la connaissance.[4] Considérée comme un temps de résonance, et non de filiation, l’exposition fait se rencontrer des pièces de José Leonilson produites entre 1980 et 1991 avec des œuvres récentes de Sequoia Scavullo (1995). Les réflexions sur la communication non verbale sont au cœur du travail de peinture et de films de Sequoia Scavullo. On retrouve dans ses peintures un alphabet symbolique créé par l'artiste, où elle génère un nouveau langage basé sur la transmission des émotions. Issue du côté paternel d’une famille Taïno – culture originaire de la mer des Caraïbes –, elle a adopté leur technique d'analyse des rêves et leur approche holistique du monde. Pour elle, la rêverie, l'imagination et la fiction personnelle font partie intégrante du processus de guérison et sont un outil de résistance. Chez Sans titre, se déploient des œuvres qui sont comme de nouveaux espaces pour s’inventer, sortir du male gaze, résonner avec Léonilson et sa vision homoérotique ; Sequoia Scavullo, elle, met en place dans son film Ruler of the Land, une narration entre réalité et fiction depuis un female gaze où l’artiste, ou peut-être son alter-ego, envoute celui qui deviendra son boyfriend. L’exposition est traversée par des peaux, peaux d'animaux tachetées mais aussi peut-être portraits fantasmés où les taches des félins révèlent d’autres identités géographiques et spirituelles. Dear Mr. President (2025) de Sequoia Scavullo, mêle la notion de morphogénogenèse d’Alan Turing et l’idée d’autodéfinition par des symboles secrets. Les motifs semblables à des patterns de félins viennent rencontrer l’alphabet secret de l'artiste pour murmurer à travers la peinture un message secret. —Georgia René-Worms L'exposition est rendue possible grâce au soutien d'Almeida & Dale, São Paulo, et grâce à l'aide précieuse de João Paulo de Siqueira Lopes. Elle fait partie du programme officiel de la Saison France-Brésil 2025. 1 - Citation extraite de la note d’intention rédigée par José Leonilson à l'occasion de la Nouvelle Biennale de Paris 1985. Archives Bibliothèque Kandisnsky, Centre Georges Pompidou. 2 - Nouvelle Biennale de Paris, du 21 mars au 21 mai 1985. 3 - José Leonilson en conversation avec Adriano Pedrosa (São Paulo, 4 mars 1991), dans Leonilson: Drawn 1975-1993, Berlin : Hatje Cantz ; KW Institute for Contemporary Art, 2020. Sous la direction de Krist Gruijthuijsen, p. 274. 4 - Living a Feminist Life, Sara Ahmed, Duke University Press Books, 2017.
